L’Assemblée parlementaire de l’OSCE a inclus une résolution sur les crimes de la Russie à l’encontre des journalistes et des professionnels des médias dans la Déclaration de La Haye

Le document fait état de meurtres et de blessures infligés à des professionnels des médias, de détentions illégales, de persécutions de journalistes, de pressions exercées sur les rédactions et de destruction des infrastructures médiatiques.
Maria Krikounenko 18 Juillet 2026UA EN ES FR RU

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Dans cet article, nous évoquons des cas avérés de journalistes tués, de professionnels des médias ukrainiens faits prisonniers et d’attaques contre des rédactions depuis le début de la guerre à grande échelle.

Que s’est-il passé ?

L’Assemblée parlementaire de l’OSCE a intégré une résolution sur les crimes commis par la Russie à l’encontre des journalistes et des médias en Ukraine dans la Déclaration de La Haye. Ce document a été adopté le 8 juillet 2026, à l’issue de la 33e session annuelle de l’Assemblée. La résolution s’appuie sur des données de l’Institut des médias (Institute of Mass Information), qui documente les crimes russes commis contre des journalistes, des rédactions et des infrastructures médiatiques depuis le début de l’invasion à grande échelle. Le texte de la résolution est disponible ici.

S’inspirant des travaux de la commission d’enquête temporaire de la Verkhovna Rada chargée d’enquêter sur les crimes commis par la Russie à l’encontre de journalistes et de professionnels des médias, cette résolution a été initiée par les délégations ukrainienne et française.

Le document fait état de persécutions à l’encontre de journalistes, de meurtres, de blessures infligées aux professionnels des médias, de détentions arbitraires, de pressions exercées sur les rédactions, de la destruction des infrastructures médiatiques ainsi que de dommages causés aux médias ukrainiens par l’agression russe. La résolution soulève également la question du soutien au journalisme indépendant en Ukraine, tant pendant la guerre qu’après sa fin.

L’une des dispositions du document porte sur la mise en place d’un dispositif de sanctions ciblées contre les personnes impliquées dans des crimes contre des journalistes. Baptisée « liste Rochtchyna », en hommage à la journaliste ukrainienne Viktoria Rochtchyna, décédée en captivité aux mains de la Russie, cette liste vise à imposer des sanctions individuelles à l’encontre des responsables de la persécution de professionnels des médias ukrainiens.

Pour l’Ukraine, l’importance de cette résolution réside avant tout dans le fait qu’elle établit, à l’échelle internationale, le caractère systématique de la persécution des journalistes et des médias par la Russie. Les assassinats, les détentions illégales, la torture, le saccage de rédactions, la saisie de matériel, le blocage des diffusions ukrainiennes et la diffusion de propagande sont considérés non pas comme des incidents isolés, mais comme des méthodes interconnectées visant à entraver la couverture indépendante de la guerre et de l’occupation. Bien que la résolution n’entraîne pas de conséquences juridiques automatiques et ne garantisse pas, en soi, la libération des personnes capturées ni la sanction des auteurs de ces actes, elle renforce les revendications politiques de l’Ukraine concernant la libération des professionnels des médias détenus illégalement, le soutien aux rédactions victimes, la documentation des crimes et l’imposition de sanctions à l’encontre des responsables de ces persécutions. Il est important de noter que ce document peut également servir de base supplémentaire pour le plaidoyer international et pour l’utilisation ultérieure des données recueillies dans le cadre d’enquêtes.

Par ailleurs, selon Yevheniia Kravchuk, membre de la délégation ukrainienne à l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, l’adoption de cette résolution revêt une portée internationale, dans la mesure où des journalistes, tant ukrainiens qu’étrangers, ont perdu la vie du fait de l’agression russe. Elle a rappelé que quatre professionnels des médias français figuraient parmi les personnes tuées par les actions de l’armée russe.

Perspective internationale

Au regard du droit international humanitaire, les journalistes travaillant dans une zone de conflit armé sont considérés comme des civils et protégés en tant que tels pour autant qu’ils ne participent pas aux hostilités. Le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève stipule explicitement que les journalistes effectuant des missions professionnelles périlleuses dans des zones de conflit armé doivent être considérés comme des civils. Par conséquent, ils bénéficient de la protection accordée à la population civile.

La même approche s’applique aux rédactions, aux locaux des médias, aux studios, au matériel, aux tours de télévision et aux infrastructures de diffusion. Les médias, leurs locaux et leur matériel sont, en règle générale, considérés comme des biens civils. Ils ne peuvent pas faire l’objet d’une attaque à moins d’être devenus des objectifs militaires. Le CICR précise par ailleurs que les médias, leurs locaux et leur matériel sont généralement considérés comme des biens civils et sont à ce titre protégés par le droit international humanitaire.

Le droit international humanitaire impose aux parties au conflit de toujours faire la distinction entre les objectifs militaires et les biens civils. Les attaques ne peuvent viser que des cibles militaires. Les biens civils sont protégés contre les attaques tant qu’ils ne sont pas utilisés d’une manière qui en fasse une cible militaire.

En outre, le droit international humanitaire coutumier interdit la privation arbitraire de liberté, les disparitions forcées, la prise d’otages, la torture ainsi que les traitements cruels ou inhumains. Ces interdictions s’appliquent également aux journalistes civils se trouvant sous le contrôle d’une partie au conflit.

Pour l’enquête, il est important, dans chaque cas, d’établir les circonstances : le journaliste était-il identifiable en tant que représentant des médias, où se trouvait-il au moment de l’attaque, y avait-il une cible militaire à proximité, quel type d’arme a été utilisé, les assaillants pouvaient-ils avoir connaissance de la présence de civils ou de journalistes ? En cas de captivité, il est essentiel de déterminer précisément qui a arrêté la personne, où elle a été retenue, si elle a eu accès à un avocat, à sa famille et à des soins médicaux, et si des pressions ou des violences ont été exercées à son encontre.

Une attaque contre un journaliste ou une rédaction porte atteinte au droit de la société à être informée de la guerre, de l’occupation, des bombardements, des prises de prisonniers, des destructions et de la situation des civils. C’est précisément pour cette raison que les organisations internationales considèrent la sécurité des journalistes en période de conflit armé comme relevant de la protection de la population civile et du droit à l’information. L’UNESCO souligne que, lors des conflits, les journalistes rendent compte des violations des droits humains et fournissent à la société des informations d’une importance vitale.

Contexte général

Selon les données de l’Institut des médias, au 14 juillet 2026, 134 professionnels des médias avaient perdu la vie depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, dont 15 dans l’exercice de leurs fonctions.

Le cameraman Yevhenii Sakun a été l’un des premiers professionnels des médias à trouver la mort après le début de l’invasion à grande échelle. Yevhenii Sakun, qui travaillait pour la publication LIVE et l’agence espagnole EFE, a été tué le 1er mars 2022, lors du bombardement russe de la tour de télévision de Kyiv.

Le 13 mars 2022, le photojournaliste ukrainien Maks Levin a disparu dans la région de Kyiv. Son corps a été retrouvé le 1er avril près du village de Huta-Mezhyhirska. Selon les premières informations du Bureau du procureur général, Maks Levin, qui n’était pas armé, a été tué par des militaires russes. Par la suite, « Reporters sans frontières » a publié une enquête concluant que Maks Levin et son accompagnateur Oleksiy Tchernychov avaient probablement été exécutés par des soldats russes dans une forêt près de Kyiv.

Le 26 avril 2023, Bohdan Bitik, producteur et fixeur ukrainien pour La Repubblica, a été tué à Kherson. Il travaillait avec le correspondant italien Corrado Zunino près du pont d’Antonivka. Les journalistes étaient clairement identifiés comme tels lorsqu’ils ont été pris pour cible par des snipers russes. Zunino a été blessé.

Le 9 mai 2023, Arman Soldin, journaliste reporter d’images français de l’AFP, a été tué près de Tchassiv Yar, dans la région de Donetsk. Il travaillait avec une équipe de journalistes lorsque la zone a été prise pour cible par des tirs d’artillerie russes.

En août 2024, une frappe russe sur l’hôtel Sapphire à Kramatorsk a tué Ryan Evans, conseiller en sécurité pour Reuters. Une équipe de six personnes de l’agence se trouvait dans l’hôtel. Deux journalistes de Reuters ont été hospitalisés.

Par ailleurs, selon les données de l’Institut des médias, au 3 juillet 2026, au moins 26 professionnels ukrainiens des médias et un journaliste ayant rejoint les Forces de défense étaient toujours détenus par la Russie.

Dmytro Khyliuk, journaliste de l’agence UNIAN, a été enlevé par des militaires russes le 3 mars 2022 dans le village de Kozarovychi, dans la région de Kyiv. Il a été détenu en tant qu’otage civil, d’abord sur le territoire occupé de Dymer, puis dans un centre de détention provisoire en Russie. En août 2025, Dmytro Khyliuk est rentré en Ukraine après plus de trois ans de captivité.

La journaliste Viktoria Rochtchyna a disparu en août 2023 lors d’un déplacement dans les territoires occupés par la Russie. Il a été révélé par la suite qu’elle était détenue par la Russie. En octobre 2024, l’Ukraine a confirmé le décès de la journaliste lors de sa captivité aux mains des Russes. Selon Slidstva.Info, Mme Rochtchyna est décédée le 19 septembre 2024. Peu avant sa mort, elle avait été transférée au centre de détention provisoire n° 3 de la ville de Kizel, dans la région de Perm (Russie).

En avril 2022, les forces de sécurité russes ont arrêté la journaliste citoyenne Iryna Danylovych en Crimée occupée. Elle couvrait des questions liées au système de santé dans la péninsule ainsi qu’aux droits des professionnels de santé. En décembre 2022, elle a été condamnée à sept ans d’emprisonnement pour détention présumée d’un engin explosif. Sa peine a par la suite été réduite d’un mois, après quoi Mme Danylovych a été transférée en Russie.

Vladyslav Yesypenko, journaliste indépendant pour Krym.Realii, a été arrêté par les forces de sécurité russes en Crimée occupée le 10 mars 2021. Il filmait des images pour un projet de Radio Liberty. Un tribunal d’occupation l’a condamné à six ans d’emprisonnement, peine ramenée à cinq ans en appel. M. Yesypenko a été libéré en juin 2025 après avoir purgé cette peine illégale.

Iryna Levchenko, journaliste originaire de Melitopol, est détenue par la Russie depuis 2023. Selon « Reporters sans frontières », elle et son mari Oleksandr ont été enlevés en pleine rue par l’armée russe le 6 mai 2023. Son mari a été libéré en août 2024, tandis qu’Iryna Levchenko a d’abord été détenue à Melitopol, puis transférée en 2025 dans un centre de détention provisoire à Donetsk (territoire occupé), avant d’être transférée à Simferopol en 2026.

Les personnes suivantes sont toujours détenues ou emprisonnées par les Russes :

Oleksiy Bessarabov, Dmytro Shtyblikov, Seïran Saliev, Marlen Assanov, Timour Ibragimov, Ernes Ametov, Server Moustafaev, Osman Arifmemetov, Remzi Bekirov, Rouslan Suleïmanov, Roustem Cheïkhaliev, Amet Suleïmanov, Assan Akhtemov, Iryna Danilovitch, Vilen Temerianov, Yevhen Iltchenko, Iryna Levchenko, Oleksandr Malychev, Georguiy Levchenko, Maxim Rouptchov, Yana Souvorova, Anastasia Gloukhovska, Vladyslav Gerchon, Roustem Osmanov, Aziz Azizov et Gennadiy Osmak.

Vassyl Filimon, cameraman pour l’antenne de Mykolaïv du média Suspilne, qui a été appelé à servir dans les forces armées ukrainiennes, est quant à lui détenu séparément en captivité russe.

La Russie ne cible pas uniquement les journalistes travaillant sur les lieux ciblés par les bombardements ou dans les territoires occupés. Les rédactions, les locaux de médias, les studios, le matériel, les tours de transmission et d’autres infrastructures indispensables au fonctionnement des médias sont également pris pour cible.

Le 3 juillet 2026, le Syndicat national des journalistes d’Ukraine a confirmé 80 cas de dommages matériels subis par des médias ukrainiens du fait d’attaques russes. Parmi ces cas, 28 concernaient la destruction ou l’endommagement de rédactions et d’infrastructures médiatiques, et deux rédactions ont été entièrement détruites. 35 autres cas concernaient des dommages causés aux logements ou aux biens personnels de journalistes.

L’un de ces cas s’est produit dans la nuit du 24 mai 2026, lors d’une attaque russe contre Kyiv. Au moins six rédactions et médias ont signalé des dégâts dans leurs bureaux et locaux professionnels. Parmi les entités touchées figuraient le bureau de la Deutsche Welle à Kyiv, le studio de la chaîne allemande ARD, Realna Gazeta (qui avait déménagé depuis la région de Louhansk), l’agence de presse UNIAN ainsi que les médias en ligne Grati et Shelter. Dans certains locaux, les vitres ont volé en éclats et des plafonds, studios, équipements et espaces de travail ont été endommagés.

Après l’occupation de Veliki Bourlouk, dans la région de Kharkiv, les forces russes se sont emparées du matériel, des fréquences et des éléments d’identification de la station de radio Slobozhanske FM. Des représentants de la station ont indiqué que ces ressources avaient ensuite été utilisées pour diffuser de la propagande russe sous le nom de ce média ukrainien.

L’Institut des médias a également recensé au moins 24 attaques rendues publiques contre des tours de télévision ukrainiennes et d’autres infrastructures de diffusion télévisuelle dans 12 régions du pays. C’est dans les régions de Kharkiv, Soumy et Kherson que ces incidents ont été les plus nombreux. Des frappes visant des infrastructures de télévision ont également été signalées dans les régions de Dnipropetrovsk, Zaporijjia, Kyiv, Tchernihiv, Donetsk, Louhansk, Vinnytsia, Jytomyr et Rivne.

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The publication is created in the framework of the project “Documenting and analysing international crimes committed by the Russia’s armed forces after 24.02.2022, helping victims of these crimes and informing on crimes”, funded by the European Union. Views and opinions expressed are those of the author(s) only and do not necessarily reflect those of the European Union. Neither the European Union nor the contracting authority can be held responsible for them.