La Russie a commis plus de 1500 crimes contre des journalistes et media ukrainiens depuis le 24/02/2023

Enlèvements de représentants des médias ukrainiens et cyberattaques russes.
Maryna Harieieva06 Décembre 2023UA DE EN ES FR IT RU

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Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, les représentants de la fédération de Russie ont commis 543 crimes contre des journalistes et des médias ukrainiens.

Des données mises à jour ont été publiées par l’Institut d’information de masse, qui assure le suivi des crimes russes contre les journalistes et les médias.

En octobre et novembre 2023, les observateurs ont déjà enregistré trois violations de la liberté d’expression commises par des représentants de la fédération de Russie. Il s’agit d’enlèvements et de cyberattaques.

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En un an et neuf mois de guerre totale, les occupants russes ont tué 69 journalistes. Dix d’entre eux ont été tués alors qu’ils étaient en train d’exercer leur activité journalistique.

Enlèvements de représentants des médias

En octobre dernier, on a appris l’enlèvement des administrateurs des chaînes Telegram du média régional de Zaporijjia « RIA-Melitopol » et « Melitopol, c’est l’Ukraine ». Les Russes retiennent captifs les journalistes et les accusent de « terrorisme ». Il est à noter que les vidéos de l’arrestation des Ukrainiens n’ont été rendues publiques dans les médias de propagande russes et sur les chaînes Telegram que le 29 octobre, alors que c’est le 20 août que les Ukrainiens ont été illégalement capturés. Les Russes ont publié la liste suivante des détenus : Oleksandr Malyshev, Gueorgiy Levtchenko, Maxim Rouptchev, Yana Souvorova, Mark Kaliouch, Kostiantin Zinovkin. Tous sont inculpés en vertu de plusieurs articles du code pénal de la fédération de Russie : ils sont accusés d’appels publics à commettre des actes terroristes, de trahison d’État et d’espionnage. Ces professionnels des médias, illégalement détenus, risquent de 12 à 20 ans de prison.

Георгій Левченко. Скриншот з сюжетів російських пропагандистів. Георгий Левченко. Скриншот из сюжетов русских пропагандистов.

Gueorgiy Levtchenko. Capture d’écran d’une vidéo de propagande russe.

Une fois les administrateurs en détention, les Russes ont réussi à prendre le contrôle des chaînes Telegram « RIA-Melitopol » et « Melitopol, c’est l’Ukraine ». Mais la rédaction ukrainienne a créé une nouvelle chaîne Telegram « RIA-Melitopol / RIA Sud » et a poursuivi son travail.

Attaques russes contre des chaînes par satellite

En novembre de cette année, des pirates informatiques russes ont également attaqué la diffusion du téléthon « Edinye novosti » (Nouvelles unifiées). L’émission a été interrompue par des vidéos musicales russes et de la propagande pro-Kremlin. La Russie a attaqué le signal satellite du téléthon ukrainien, mais les spécialistes ukrainiens ont pu repousser l’attaque.

En outre, la Russie a tenté de s’en prendre au fonctionnement de cinq chaînes de la télévision par satellite « Public » : « Première », « Public. Informations », « Public. Crimée », « Public. Culture » et « Public. Sports ». Les Russes ont tenté de brouiller les chaînes et de remplacer les contenus. Svetlana Ostapa, présidente du conseil de surveillance de « Public », a établi un lien entre cette attaque et « un discours indépendant et une couverture véridique de la guerre », ce qui « déplaît fortement à l’agresseur ». Svetlana Ostapa a noté que même si les spécialistes ont rapidement rétabli la diffusion, « la société envisage la possibilité de passer par un autre satellite plus sécurisé, afin de se protéger du blocage ».

Le « monde russe » dans Melitopol temporairement occupé

Dès le 25 novembre, Ivan Fedorov, maire de Melitopol, déclarait que la Russie avait mis en place un véritable « monde russe » dans le domaine de l’information dans la ville de Melitopol temporairement occupée. Les représentants russes ont restreint l’accès à tous les médias objectifs et indépendants (autant la télévision que la radio) et bloquent les VPN afin de rendre plus difficile la recherche d’informations véridiques. Dans le même temps, les occupants ont annoncé et même commencé le lancement de leur propre télévision par satellite sous le nom éloquent de « Monde russe ». Cette télévision ennemie ne comptera pas moins de 39 chaînes, qui diffuseront la propagande du Kremlin 24 heures sur 24.

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Contexte général

Rappelons qu’en Russie, une nouvelle profession a été introduite : des « policiers des médias » ont commencé à être formés. Ces derniers surveilleront le prétendu « extrémisme sur internet ». Selon le media russe Izvestia, l’Académie présidentielle russe d’économie nationale et d’administration publique (RANEPA) a mis en place un programme de licence correspondant à cette fonction. Comme le notent les journalistes de la Pravda d’Ukraine, le nom officiel de la filière est « Soutien des médias aux intérêts de l’État et à la sécurité nationale ». Les futurs policiers des médias identifieront et bloqueront les matériels extrémistes et destructeurs, et lutteront contre la propagande. Notons que, selon Lidia Malygina, chef du département « Soutien des médias aux intérêts de l’État et à la sécurité nationale » du RANEPA, ce programme est mis en œuvre avec le soutien du Comité national antiterroriste de la fédération de Russie. À l’issue de leur formation, les « policiers des médias » russes recevront l’une des spécialisations suivantes : enquêtes sur les infractions commises contre des citoyens (cyberintimidation, harcèlement), des personnes morales (piratage) ou l’État (extrémisme). Ils reprendront certainement une partie des fonctions du Roskomnadzor, qui bloque les informations sur internet. En outre, la Russie utilise activement l’intelligence artificielle pour produire des contrefaçons, et des pirates informatiques russes attaquent les agents des forces de l’ordre ukrainiennes qui collectent des preuves des crimes de guerre russes.

Les enlèvements de journalistes et les inculpations illégales sont également des pratiques auxquelles la Russie a couramment recours dans les territoires temporairement occupés d’Ukraine. En octobre dernier, l’Union nationale des journalistes d’Ukraine a signalé que selon Ivan Fedorov, maire de Melitopol, les représentants de la fédération de Russie avaient détenu illégalement plus d’un millier d’habitants de Melitopol depuis le début de l’invasion à grande échelle. Ce faisant, Fedorov a noté qu’il ne s’agissait que de cas officiellement confirmés, et qu’on ne sait pas combien d’Ukrainiens sont réellement retenus illégalement en captivité par les occupants. En effet, « les proches de certaines personnes disparues ont été tellement intimidés qu’ils ne s’adressent même pas aux services spéciaux ukrainiens ni au médiateur », a indiqué le maire.

Au 18 octobre 2023, environ 28000 citoyens ukrainiens étaient considérés disparus dans des circonstances particulières. Comme l’a souligné Yevhen Zakharov, directeur du Groupe de défense des droits humains de Kharkiv, la plupart de ces disparitions documentées par l’initiative conjointe « Tribunal pour Poutine » (T4P) peuvent être provisoirement qualifiées de disparitions forcées, car toutes les tentatives des proches pour retrouver la personne disparue se heurtent à un refus de réponse ou à l’affirmation que le lieu où elle se trouve est inconnu. « Dans le meilleur des cas, la Croix-Rouge internationale peut répondre que la personne se trouve en Russie, mais sans préciser où exactement », a expliqué Y. Zakharov.

Une étude analytique du Groupe de défense des droits de l’homme de Kharkiv (GDHK) a confirmé que la Russie cachait les lieux où se trouvent les personnes disparues. Anna Ovdienko, avocate du GDHK a ainsi déclaré : « Après une disparition, les proches des victimes n’ont eu aucune possibilité d’obtenir des informations, que ce soit auprès des autorités d’occupation locales ou des représentants officiels de la fédération de Russie ». Il n’était pas rare que la fédération de Russie ne confirme que plusieurs mois après sa disparition qu’une personne disparue était sous le contrôle des autorités russes. Parfois, l’information n’a été confirmée qu’un an plus tard. Cependant, même ces confirmations pouvaient ne pas contenir d’informations sur le lieu exact où se trouvait la personne ni sur son état de santé. Dans ces conditions, les proches de ces disparus continuaient à être dans l’ignorance : d’abord ils ne savaient pas si la personne disparue était en vie, puis ils ne savaient pas dans quel état elle se trouvait, ni si elle avait subi des violences. « En réponse à nos demandes, les autorités gouvernementales russes ne nous ont pas donné de réponses précises et, dans la plupart des cas, n’ont pas répondu du tout », a noté Anna Ovdienko. L’avocate a également fait remarquer que « de tels actes sont commis intentionnellement, puisque les réponses formelles de la fédération de Russie, qui ne contiennent pas de circonstances spécifiques des crimes, sont fournies par les mêmes personnes et de façon massive, dans tous les cas dont nous avons connaissance ». De plus, ces réponses ne sont pas conformes aux normes du droit international et national, a souligné Anna.

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