Une école ukrainienne sur 10 a été touchée par la guerre

À la mi-avril 2024, la base de données de l’initiative T4P recensait 2204 crimes de guerre présumés contre des institutions scientifiques et d’enseignement.
Mikola Komarovski 16 Mai 2024UA DE EN FR RU

Черкаськолозівський ліцей. © ХПГ Черкассколозовской лицей. © ХПГ

Le lycée de Tcherkaskolozivski © GDHK

La guerre russo-ukrainienne se poursuit et nos villes et villages continuent à être détruits. L’ennemi détruit notamment des écoles, des maternelles et des établissements d’enseignement supérieur. Selon le site gouvernemental saveschools.in.ua, 3798 établissements scolaires ont été endommagés par des bombardements et des tirs d’artillerie, et 365 d’entre eux ont été complètement détruits. La base de données de T4P recense les dommages et la destruction des établissements scientifiques et d’enseignement, ainsi que d’autres actes illégaux en lien avec l’enseignement. Voici un aperçu des informations que nous avons collectées.

Données statistiques générales

À la mi-avril 2024, la base de données de l’initiative T4P recensait 2204 crimes de guerre présumés contre des institutions scientifiques et d’enseignement.

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© Serhiy Prytkine

Comme le montrent les statistiques générales, le plus grand nombre d’épisodes a été enregistré dans les régions situées près de la ligne de front. En outre, dans les localités où ont eu lieu des opérations militaires importantes, la situation des établissements d’enseignement peut, sans exagération, être qualifiée de catastrophique.

Établissements scolaires

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© Serhiy Prytkine

Le plus grand nombre de destructions et de dommages causés à des établissements recensés dans la base de données T4P concerne les écoles. Il s’agit d’au moins 1253 épisodes. Si l’on considère qu’il existe aujourd’hui 12 604 établissements d’enseignement secondaire en activité en Ukraine, on peut affirmer que l’ennemi a endommagé une école ukrainienne sur dix.

Dans certaines villes où les opérations militaires ont été intenses, presque toutes les écoles ont été détruites. Dans une de nos publications précédentes, nous indiquions que 83 % des écoles de Marioupol avaient été endommagées.

Un autre exemple est la ville occupée de Bakhmout, dont la population au début de l’invasion à grande échelle s’élevait à plus de 70 000 personnes. Selon la base de données électronique unifiée gouvernementale sur l’éducation, il existait 13 écoles dans la ville de Bakhmout. À ce jour, la base de données de T4P recense au moins neuf établissements scolaires détruits ou considérablement endommagés.

Voilà par exemple à quoi ressemble aujourd’hui le lycée pluridisciplinaire n°11. Cet établissement d’enseignement était le plus ancien de la ville, il avait été construit sous l’Empire russe en 1911.

Бахмутський навчально-виховний комплекс №1. Фото: Олексій Рева / Facebook Бахмутский учебно-воспитательный комплекс №1. Фото: Алексей Рева / Facebook

Complexe éducatif et pédagogique n°1 de Bakhmout. Photo : Oleksiy Reva / Facebook

Le bâtiment historique d’un autre établissement d’enseignement de Bakhmout, l’École des Arts de Bakhmout, a également été détruit. Cet édifice été construit en 1896 et 1912.

Бахмутська школа мистецтв №1. Фото: Платформа “Свій дім” Бахмутская школа искусств №1. Фото: Платформа “Свой дом”

l’École des Arts de Bakhmout №1. Photo : Plateforme « Ma maison »

On peut donc affirmer que presque tous les établissements d’enseignement de Bakhmout ont été détruits et que même après une éventuelle désoccupation de la ville, il faudra énormément de ressources et de temps pour reconstruire au moins une partie des bâtiments détruits. Étant donné que les bâtiments résidentiels de la ville ont également été considérablement endommagés, il est peu probable que la population de la ville retrouve son niveau d’avant-guerre, ce qui compliquera encore davantage la reconstruction des établissements d’enseignement.

Dans la nuit du 16 octobre 2022, l’armée russe a lancé un missile sur une école de la communauté territoriale de Houliaïpole, dans la région de Zaporijjia. L’onde de choc a détruit la quasi-totalité des fenêtres, la façade et le toit. Le personnel a réussi à sauver une partie du mobilier et la bibliothèque. Il faut savoir que l’école était le seul établissement d’enseignement de tout le village et que plus d’une centaine d’enfants y étudiaient.

Зруйнована школа на Гуляйполі. Фото: Олександр Старух / Telegram Разрушенная школа на Гуляйполе. Фото: Александр Старух / Telegram

L’école de Houliaïpole détruite. Photo : Oleksandr Staroukh / Telegram

À l’été 2022, l’armée russe a bombardé une école dans la communauté d’Esman, dans la région de Soumy. Comme on peut le constater sur cette photo, l’établissement a subi d’importants dégâts.

Опорна школа в Есманській громаді. Фото: Дмитро Живицький / Сумська ОВА / Telegram Опорная школа в Эсманской общине. Фото: Дмитрий Живицкий / Сумская ОВА / Telegram

École spécialisée dans la communauté d’Esman. Photo : Dmytro Jivitsky / Administration régionale militaire de Soumy / Telegram

Le 2 janvier 2024, à la suite d’un énième bombardement de Kharkiv par des systèmes de missiles S-300, l’école n°35, située dans le quartier Osnovianski de la ville, a été détruite.

Харківська гімназія № 35. Фото: Суспільне.Новини Харьковская гимназия № 35. Фото: Общественное.Новости

École n°35, Kharkiv. Photo : Suspilne.Informations

Dans les régions situées loin du front, des établissements d’enseignement ont été endommagés ou détruits par des frappes de missiles et des attaques de drones.

Le 6 juillet 2023 par exemple, lors d’une frappe de missiles sur Lviv, deux institutions municipales pour enfants ont été endommagées : un orphelinat et l’école d’un sanatorium. Selon les premières estimations provisoires, le montant des dommages causés s’élève à des centaines de milliers de hryvnias.

Фото: Львівська обласна рада / Facebook Фото: Львовский областной совет / Facebook

Photo : Conseil régional de Lviv / Facebook

Une frappe de missiles de l’armée russe sur un des villages de la région de Rivne a endommagé un lycée local.

Фото: Суспільне.Рівне Фото: Общественное. Ровно

Photo : Suspilne.Rivne

Bien qu’il puisse sembler que la situation des établissements d’enseignement dans les régions éloignées du front soit moins problématique, des journalistes ont attiré l’attention sur le cas d’un établissement d’enseignement de l’une des communautés occidentales. Il s’agit d’une école située à Veliki Joloudsk, dans la région de Rivne. Elle a été endommagée par des débris de drones russes dès les premiers jours de l’invasion russe. Il apparaît que l’école n’a pas été entièrement restaurée depuis neuf mois, bien que le personnel de l’établissement ait réussi à réparer une partie des dégâts par ses propres moyens.

Фото: Володимирець.City Фото: Владимирец.City

Photo : Volodymyrets.City

Écoles maternelles

La base de données contient au moins 300 épisodes de dommages causés à des établissements d’enseignement préscolaire.

En février de cette année, à la suite du bombardement du village de New York, dans la région de Donetsk par des bombes aériennes FAB-500, une école maternelle a été détruite.

Фото: Національна поліція України Фото: Национальная полиция Украины

Photo : Police nationale d’Ukraine

Le 24 mai 2023, une bombe aérienne guidée par l’armée russe a touché une école maternelle dans la communauté de Younakivska, dans la région de Soumy. Selon le directeur de l’établissement, le bâtiment ne pourra pas être restauré.

Фото: Суспільне.Суми Фото: Общественное. Сумы

Photo : Suspilne.Soumy

Établissements d’enseignement supérieur

Dans la base de données de T4P, les épisodes de destructions ou dommages causés à des établissements d’enseignement supérieur apparaissent au moins 154 fois.

À Mykolaïv, l’Université nationale de la mer Noire Petro Mohyla a été prise pour cible à plusieurs reprises par l’armée russe. Lors d’une attaque menée le 19 août 2022, deux missiles ont détruit le corps principal du bâtiment.

Чорноморський національний університет імені Петра Могили. Фото: Суспільне.Миколаїв Чорноморський національний університет імені Петра Могили. Фото: Суспільне.Миколаїв Черноморский национальный университет имени Петра Могилы. Фото: Общественное. Николаев

Université d’État de la Mer noire Petro Mohyla. Photo : Suspilne.Mykolaïv

Le 25 mars 2024, l’armée russe a lancé une attaque de missiles sur Kyiv. L’Académie d’État des arts décoratifs et appliqués et du design de Kyiv Mikhaïlo Boïtchouk a été endommagée. Une partie du bâtiment a été entièrement détruite.

Київська державна академія декоративно-прикладного мистецтва і дизайну імені Михайла Бойчука. Фото: Факти Киевская государственная академия декоративно-прикладного искусства и дизайна имени Бойчука. Фото: Факты

Académie d’État des arts décoratifs et appliqués et du design de Kyiv Mikhaïlo Boïtchouk. Photo : Fakty

La situation des établissements d’enseignement supérieur situés dans les régions où se déroulent des hostilités actives ou dans les régions occupées est également très compliquée.

Bien que, contrairement aux écoles et aux établissements préscolaires, les universités aient la possibilité de déménager vers d’autres régions plus sûres, il est peu probable que des universités déplacées et relocalisées soient en mesure de fonctionner pleinement.

Selon des représentants du ministère ukrainien de l’Éducation et des Sciences, bien que certaines d’entre elles aient été déplacées, les universités ne peuvent pas fonctionner au même niveau qu’avant la guerre. Interrogé sur les pertes subies par les universités déplacées, Oleh Charov, directeur général de la direction de l’enseignement professionnel et supérieur, déclarait ainsi : « Bien sûr, leurs pertes sont critiques. Nous avons 44 établissements d’enseignement supérieur déplacés à l’heure actuelle, sur environ 300 établissements. C’est beaucoup. Cependant, si l’on regarde le nombre d’étudiants, il est relativement faible. En effet, nous n’avons pas déplacé les établissements d’enseignement supérieur de Kharkiv, Zaporijjia, Dnipro. Ils sont restés en place ». Selon lui, environ 7 à 8 % des étudiants étudient dans les établissements relocalisés.

Autres équipements liés à l’éducation

Dans le cadre de cet article, nous incluons dans cette catégorie les bibliothèques, les centres d’activités artistiques pour enfants, les complexes sportifs et les instituts de recherche.

Au moins 20 épisodes de la base de données T4P concernent des bibliothèques ayant été endommagées.

Le 30 octobre 2023 par exemple, la bibliothèque scientifique universelle régionale de Kherson Oles Hontchar a été endommagée lors d’un bombardement.

Херсонська обласна універсальна наукова бібліотека імені Олеся Гончара. Фото: Херсонська ОДА (ОВА) / Telegram Херсонская областная универсальная научная библиотека им. Олеся Гончара. Фото: Херсонская ОГА (ОВА) / Telegram

Bibliothèque scientifique universelle régionale de Kherson Oles Hontchar. Photo : Administration régionale militaire / Telegram

Lors de l’assaut de la ville de Liman en 2022, les troupes russes ont partiellement détruit une base cyclable moderne, qui avait été ouverte à l’automne 2021, ainsi que l’a rapporté Pavlo Kirilenko, alors chef de l’administration régionale militaire de Donetsk

Selon le gouverneur, le complexe cycliste de Liman, doté d’une piste spécialisée Bicycle Moto eXtreme, était unique en Ukraine. Il était censé accueillir des compétitions internationales et nationales.

Фото: Павло Кириленко / Голова АМКУ / Telegram Фото: Павел Кириленко / Глава АМКУ / Telegram

Photo : Pavlo Kirilenko / Président du Comité anti-monopole d’Ukraine / Telegram

Pendant l’occupation de la région de Kharkiv en 2022, l’armée russe a pillé et endommagé l’observatoire de radioastronomie Braude, unique en son genre.

Selon Oleksandr Konovalenko, académicien de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine et directeur adjoint des travaux scientifiques à l’Institut de radioastronomie, 90 % des infrastructures ont été détruites et pillées, et les dégâts se chiffrent en centaines de millions de dollars.

© Ірина Скачко © Ирина Скачко

© Irina Skatchko

Pas seulement des bombardements

Dans certains cas connus, des établissements d’enseignement des territoires occupés, bien que n’ayant pas été détruits par l’armée russe, ont vu l’administration d’occupation retirer des livres ukrainiens et détruire de la littérature éducative et de fiction.

Début janvier 2024, le prétendu ministère de l’éducation de la « République populaire de Louhansk » a publié un décret déclarant « inacceptables » toute la littérature et les supports visuels écrits en langue ukrainienne, et ces livres ont été retirés de tous les établissements d’enseignement de la région de Louhansk.

Фото: Східний / Telegram Фото: Восточный / Telegram

Photo : Skhidnyi / Telegram

Le maire d’Enerhodar a également fait état de la saisie d’ouvrages de littérature ukrainienne en 2022. Son message évoquait la destruction de la littérature ukrainienne dans les bibliothèques, ainsi que la confiscation de manuels scolaires d’histoire.

On peut affirmer avec certitude que de telles actions confirment la politique russe d’éradication de la langue ukrainienne dans les territoires occupés et d’introduction d’un système éducatif incluant un enseignement exclusif de la « version russe de l’histoire ».

Qualification juridique

Le Statut de Rome prévoit une responsabilité pour le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, à l’enseignement, à l’art, à la science ou à l’action caritative, des monuments historiques, des hôpitaux et des lieux où des malades ou des blessés sont rassemblés, à condition qu’ils ne soient pas des objectifs militaires (Article 8.b).9.)

Par conséquent, pour qualifier la destruction (les dommages) d’un établissement d’enseignement en vertu de l’article spécial, deux conditions doivent être remplies :

  1. L’attaque doit être délibérément dirigée contre un établissement d’enseignement. Cela signifie que le militaire frappe délibérément et a conscience que ses actions entraîneront des dommages à un bâtiment spécifique destiné à des fins éducatives ;
  2. Cet établissement ne doit pas être une cible militaire. Il arrive que les bâtiments scolaires et d’enseignement soient utilisés par les militaires pour leurs propres besoins. Dans ce cas, une frappe dirigée contre cet établissement d’enseignement ne pourra être qualifié de crime de guerre.

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