Les forces de l’ordre enquêtent sur 306 cas d’exécution de prisonniers de guerre ukrainiens par les Russes

Selon le droit international humanitaire, un combattant qui a cessé de participer aux hostilités bénéficie du statut protégé de personne hors de combat. Cette règle s’applique automatiquement dès qu’un militaire dépose les armes et exprime son intention de se rendre, tombe aux mains de l’ennemi ou est blessé au point d’être physiquement incapable de poursuivre le combat. Dès ce moment, il cesse d’être une cible militaire légitime. Malgré cela, les forces de l’ordre ukrainiennes, les militants des droits humains et des missions d’observation internationales indépendantes ont régulièrement constaté une pratique opposée de la part des forces armées russes.
L’un des cas récemment enregistrés d’assassinat de prisonniers de guerre ukrainiens s’est produit le 11 avril 2026, près du village de Veterynarne, dans la région de Kharkiv. Selon le Bureau du procureur général, les troupes russes ont capturé quatre soldats d’une des brigades mécanisées des forces armées ukrainiennes, puis les ont tués. Ce crime a été commis pendant la trêve de Pâques, pourtant officiellement déclarée. Les forces de l’ordre ont ouvert une enquête préliminaire. Les actes des militaires russes ont été qualifiés en vertu de la partie 2 de l’article 438 du Code pénal ukrainien — violation des lois et coutumes de la guerre, impliquant un homicide volontaire.

Selon le Bureau du procureur général, en mai 2026, les forces de l’ordre ukrainiennes enquêtaient sur 306 cas de soldats ukrainiens tués sur le champ de bataille après leur reddition. Ces incidents sont regroupés en 116 procédures pénales. Le parquet précise qu’il s’agit de militaires qui ont été tués après avoir déposé les armes ou qui étaient incapables de résister en raison de leurs blessures. Ces statistiques n’incluent pas les prisonniers de guerre ukrainiens décédés dans la colonie d’Olenivka.
En mai dernier, le commissaire aux droits de l’homme de la Verkhovna Rada, Dmytro Lubinets, avait déclaré que 337 exécutions de soldats ukrainiens capturés par la Russie avaient été recensées. Il a affirmé que la torture, les mauvais traitements et les exécutions de soldats ukrainiens n’étaient pas des incidents isolés, mais bien la preuve d’une pratique délibérée de la Russie. Il soulignait également à cette occasion que les déclarations de « profonde préoccupation » des partenaires internationaux ne suffisaient pas : le monde devait prendre des mesures décisives face aux crimes commis par la Russie contre les prisonniers de guerre ukrainiens.
Le Service de sécurité d’Ukraine a également indiqué qu’au 15 avril 2026, neuf militaires russes avaient été officiellement soupçonnés de l’exécution de prisonniers de guerre ukrainiens. Les actes d’accusation visant sept d’entre eux avaient déjà été transmis aux tribunaux, et cinq de ces criminels de guerre avaient été reconnus coupables et condamnés.
En février 2026, un tribunal ukrainien a rendu pour la première fois un verdict concernant le meurtre de prisonniers de guerre ukrainiens commis dans la région de Koursk (Russie). Le tribunal du district Chevtchenko, à Kyiv, a condamné le militaire russe Vladimir Ivanov à la prison à vie pour avoir exécuté deux prisonniers de guerre ukrainiens. Le crime s’est déroulé le 9 janvier 2025 dans une forêt près du village de Gouevo, dans la région de Koursk, en fédération de Russie. Selon l’instruction, Ivanov, en compagnie d’autres militaires russes, a alors abattu deux combattants de la défense territoriale ukrainienne, Ivan Kondratiouk et Viktor Liapota. Les militaires ukrainiens avaient déjà déposé leurs armes, levé les mains en l’air et n’opposaient aucune résistance ; ils ne pouvaient donc pas constituer une cible militaire légitime. Le moment de leur assassinat a été filmé par un drone ukrainien. Par la suite, l’armée ukrainienne a traqué les criminels et a arrêté Ivanov. Lors de son procès, il a pleinement reconnu sa culpabilité. Ivanov est ainsi devenu le troisième militaire russe condamné en Ukraine pour un crime de ce type. En outre, le tribunal a statué qu’Ivanov et le gouvernement russe devaient verser 50 millions de hryvnias de dommages et intérêts au fils de 14 ans de l’un des militaires tués.

Dans un article publié sur Ukrinform, le défenseur des droits humains Andriy Yakovlev a souligné que le haut commandement militaire russe pourrait également être impliqué dans les crimes commis contre des prisonniers ukrainiens. Il estime que les commandants et les hauts responsables ne peuvent ignorer les agissements de leurs subordonnés, surtout si de tels incidents sont répétés et généralisés. Si des meurtres de prisonniers sont recensés dans différentes régions, si les militaires russes justifient publiquement ces brutalités et si le commandement ne met pas fin à ces agissements ni ne sanctionne les auteurs, cela peut témoigner d’une tolérance à l’égard de ces pratiques criminelles ou de l’existence d’ordres informels.
En droit international humanitaire, le meurtre de prisonniers de guerre constitue l’une des violations les plus graves. L’article 3 commun aux Conventions de Genève interdit toute violence à l’encontre de personnes ne participant pas directement aux hostilités. Cette catégorie inclut notamment les membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat par blessure, détention, ou pour toute autre cause. Par ailleurs, la Troisième Convention de Genève exige un traitement humain des prisonniers de guerre. Ils doivent être protégés contre la violence, l’intimidation, l’humiliation et la privation illégale de la vie. Tout acte d’un État entraînant la mort d’un prisonnier ou mettant gravement en danger sa santé est considéré comme une violation flagrante de la Convention. Le droit international humanitaire coutumier interdit également d’attaquer les personnes hors de combat, c’est-à-dire celles qui se trouvent déjà aux mains de la partie adverse, qui sont désarmées, blessées ou qui ont clairement exprimé leur intention de se rendre. Pour ces personnes, la guerre est terminée au sens juridique du terme : elles ne peuvent être prises pour cible et doivent être protégées.