Double crime

Les Russes ont commencé à utiliser des lance-roquettes multiples contre le réseau électrique de Kharkiv.
Serhiy Okounev29 Janvier 2026UA DE ES FR RU

Руйнування житлового будинку після удару РСЗВ у місті Харків, вересень 2022 року

Destruction d’un immeuble résidentiel après une frappe de lance-roquettes multiples à Kharkiv, septembre 2022

En 2026, les forces d’occupation russes ont intensifié leurs attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, notamment en raison de la dégradation des conditions météorologiques et de l’arrivée du froid. Le 5 janvier, la ville de Kharkiv a été attaquée par cinq missiles du système de lance-roquettes multiple « Tornado-S ». Cette fois encore, les occupants ont visé une installation énergétique située dans une zone densément peuplée. Ce n’était pas la première fois que ce type d’arme était utilisé, mais fin 2025 et début 2026, les Russes se sont mis à accroître significativement leur recours aux « Tornado-S », en particulier pour des frappes sur Kharkiv.

Le 24 décembre 2025, vers 5h30, les Russes ont bombardé une installation énergétique à l’aide d’un « Tornado-S » dans la banlieue de Kharkiv, faisant un mort et 13 blessés.

Le 24 septembre 2024, les Russes ont bombardé le quartier Kyivski de Kharkiv à l’aide du système « Tornado-S », sans faire de victimes.

Le 5 août, Kharkiv avait déjà été la cible de tirs du même système de lance-roquettes, blessant alors quatre personnes.

Le système de lance-roquettes multiple est une arme à effet de zone, capable de couvrir de vastes territoires, avec une puissance explosive considérable, parfois sur des centaines de mètres carrés. Bien que les lance-roquettes multiples modernes soient nettement plus précis que ceux des années 1960-1970, ils ne peuvent être considérés comme des armes de haute précision, leur nature même impliquant des attaques sur de larges étendues ou surfaces.

Cette question est notamment tranchée par la position du Bureau des Nations Unies pour les affaires de désarmement.

« Les types d’armes qui posent particulièrement problème sont les armes à tir indirect, [ ], les armes qui tirent en salves, telles que les systèmes de roquettes à lanceurs multiples [ ]. Ces systèmes impliquent diversement des munitions à grand rayon de destruction, des armes dont les vecteurs sont imprécis ou des systèmes d’armes qui lancent des munitions multiples sur une zone étendue.

L’utilisation d’armes explosives, en particulier celles qui ont un impact à grande échelle, dans les zones peuplées est une préoccupation majeure. Nombre de ces armes ont été conçues à l’origine pour être utilisées sur des champs de bataille ouverts et, lorsqu’elles sont utilisées dans des zones peuplées, elles sont intrinsèquement indiscriminées, ce qui entraîne une augmentation du nombre de victimes civiles et des conséquences humanitaires dévastatrices », souligne l’organisation

Le 20 décembre 2024, Amnesty International a analysé l’utilisation de systèmes de lance-roquettes multiples par le mouvement terroriste Hezbollah contre des cibles situées sur le territoire israélien et est parvenue à la conclusion que l’utilisation de ces systèmes dans un environnement urbain constituait en soi une violation du droit international humanitaire.

Bien que le système de lance-roquettes multiple « Tornado-S » soit utilisé contre l’Ukraine depuis 2014, comme en témoignent notamment les documents de l’organisation de défense des droits humains IPHR, cet armement peut encore être considéré comme rare et ses caractéristiques techniques restent non vérifiées.

Selon la source de référence The Military Balance, en 2021, la Russie ne disposait que de 20 systèmes « Tornado-S », et les cas impliquant leur utilisation sont isolés, ce qui complique considérablement l’analyse de leurs performances réelles.

L’après-midi du 22 mars 2023, les forces armées russes ont tiré six missiles depuis un « Tornado-S » sur des quartiers résidentiels de Zaporijjia. L’un d’eux a explosé entre deux immeubles d’habitation, faisant 34 blessés, dont trois enfants. Cet incident confirme que le « Tornado-S » ne peut être considéré comme une arme sélective, notamment en milieu urbain.

Des sources officielles russes affirment que le « Tornado-S » est beaucoup plus précis que ses prédécesseurs, tels que les systèmes « Smerch » et « Ouragan ». Dans le même temps, la description officielle du ministère de la Défense de la fédération de Russie souligne que le « Tornado-S » est « un système destiné à détruire à longue distance toute cible groupée dont les éléments vulnérables sont des forces vives à découvert ou à couvert, des véhicules non blindés, légèrement blindés ou blindés ». Cette description à elle seule indique que le « Tornado » est destiné à être utilisé contre des cibles de groupe et des concentrations de troupes.

Historiquement, les installations énergétiques ukrainiennes sont situées, entre autres, dans des zones urbaines densément peuplées, comme c’est le cas à à Kharkiv. Dans ces conditions, même un écart de quelques dizaines de mètres peut entraîner des impacts directs sur des bâtiments résidentiels ou autres infrastructures accueillant un grand nombre de civils ou de visiteurs.

Il s’agit donc d’un double crime. Outre le fait même des attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, qui constituent un crime de guerre, ces frappes utilisent des armes non sélectives, mettant ainsi davantage en danger la population civile, en particulier les habitants de Kharkiv.

Les frappes systématiques menées par la Russie contre les infrastructures énergétiques sont qualifiées de crimes de guerre par la Cour pénale internationale. Dès 2024, la CPI a émis des mandats d’arrêt contre Sergueï Kobilach, commandant de l’aviation à long rayon d’action des forces aérospatiales russes, et Viktor Sokolov, ancien commandant de la flotte russe de la mer Noire, pour crimes contre l’humanité commis dans le cadre des bombardements des infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Malheureusement, les attaques contre les infrastructures énergétiques se sont non seulement poursuivies depuis, mais elles sont devenues plus fréquentes et plus destructrices. Suite à l’attaque du 5 janvier à Kharkiv menée à l’aide d’un lance-missiles « Tornado-S », plus de 350 000 abonnés se sont retrouvés sans électricité, en dehors des coupures programmées

Partager l'article