Des entrepôts d’aide humanitaire pris pour cible

La Russie attaque les infrastructures humanitaires en Ukraine.
Maria Krikounenko 13 Juillet 2026UA DE ES FR RU

Колаж на основі фото Червоного Хреста України Коллаж на основе фото Украинского Красного Креста

Illustration réalisée à partir d’une photo de la Croix-Rouge ukrainienne

Le 2 juillet, lors d’une attaque russe massive contre Kyiv, un entrepôt de la Croix-Rouge ukrainienne a été détruit. Celui-ci abritait des cargaisons humanitaires et du matériel destiné à venir en aide aux personnes touchées par la guerre. Selon l’organisation, 320 000 articles d’aide humanitaire, d’une valeur totale de plus de 79 millions de hryvnias, ont été détruits par les flammes. Ce n’est pas la première fois que des frappes russes endommagent ou détruisent des infrastructures humanitaires en Ukraine. Nous revenons ici sur d’autres attaques marquantes visant des entrepôts, des bureaux et des installations appartenant à des organisations venant en aide à la population civile.

Ce que contenait cet entrepôt

Au moment de l’attaque, des fournitures humanitaires destinées à l’aide d’urgence aux personnes victimes de la guerre étaient entreposées dans cet entrepôt loué. Une partie de ces stocks étaient destinée à être utilisée après des bombardements, lorsqu’il fallait colmater rapidement les fenêtres brisées et fournir aux gens des couvertures, des kits de couchage, des produits d’hygiène ou d’autres articles de première nécessité.

Parmi les équipements détruits figuraient des groupes électrogènes, des pompes à chaleur, des brancards médicaux, des défibrillateurs, des appareils d’échographie, des moniteurs de surveillance des patients et d’autres équipements. Une part importante de ces fournitures avait été acheminée vers l’Ukraine via le Mécanisme européen de protection civile.

L’entrepôt abritait également la réserve stratégique de la Croix-Rouge ukrainienne, qui était utilisée lors des opérations d’intervention faisant suite à des bombardements, des incendies, des évacuations et autres situations d’urgence. Un camion servant à acheminer l’aide humanitaire a également été endommagé lors de la frappe.

Cet entrepôt était l’un des principaux centres logistiques de la Croix-Rouge ukrainienne. Il servait à assurer l’approvisionnement de projets humanitaires dans différentes régions d’Ukraine.

Зруйнований склад Українського Червоного Хреста в Києві після російського обстрілу 2 липня. Фото: Український Червоний Хрест Разрушенный склад Украинского Красного Креста в Киеве после российского обстрела 2 июля. Фото: Украинский Красный Крест

L’entrepôt de la Croix-Rouge ukrainienne à Kyiv détruit à la suite d’un bombardement russe le 2 juillet. Photo : Croix-Rouge ukrainienne

Зруйнований склад Українського Червоного Хреста в Києві після російського обстрілу 2 липня. Фото: Український Червоний Хрест Разрушенный склад Украинского Красного Креста в Киеве после российского обстрела 2 июля. Фото: Украинский Красный Крест

L’entrepôt de la Croix-Rouge ukrainienne à Kyiv détruit à la suite d’un bombardement russe le 2 juillet. Photo : Croix-Rouge ukrainienne

Autres cas de destruction d’infrastructures humanitaires en Ukraine

Le 8 mai 2023, la Croix-Rouge ukrainienne a signalé que des installations humanitaires à Odessa et dans la région de Mykolaïv avaient été endommagées. À Odessa, un entrepôt d’une superficie de 1 000 mètres carrés a été détruit par une frappe de missile. L’impact a provoqué un incendie qui a entièrement détruit l’aide humanitaire qui y était entreposée. En raison de la perte de cet entrepôt, l’antenne régionale d’Odessa a suspendu sa distribution d’aide humanitaire et interrompu certains de ses projets dans la région. Ce même jour, l’organisation a également fait état des conséquences des bombardements survenus le 7 mai dans la région de Mykolaïv. Un hôpital mobile appartenant à l’antenne régionale de Mykolaïv de la Croix-Rouge ukrainienne a été endommagé, rendant inutilisables certains équipements médicaux, matériels techniques et éléments de mobilier. Aucun employé ni bénévole de la Croix-Rouge ukrainienne n’a été blessé lors de ces attaques. Par ailleurs, l’organisation a indiqué que, depuis le début de l’invasion à grande échelle, 25 de ses installations, notamment des bureaux, des entrepôts ou des bases, avaient déjà été endommagés ou entièrement détruits.

Склад Українського Червоного Хреста в Одесі після російського обстрілу у травні 2023 року. Фото: Український Червоний Хрест Склад Украинского Красного Креста в Одессе после российского обстрела в мае 2023 года. Фото: Украинский Красный Крест

L’entrepôt de la Croix-Rouge ukrainienne à Odessa après un bombardement russe de mai 2023. Photo : Croix-Rouge ukrainienne

En mai 2023, l’organisation internationale Project HOPE a également signalé que deux de ses entrepôts contenant de l’aide humanitaire avaient été endommagés. Selon ses informations, des frappes russes dans les régions d’Odessa et de Kherson ont gravement endommagé deux entrepôts distincts où étaient stockées les fournitures humanitaires de l’organisation. Parmi ces fournitures figuraient des groupes électrogènes, ainsi que des kits médicaux et d’hygiène. Aucun employé de Project HOPE n’a été blessé.

Гуманітарний склад Project HOPE після російської ракетної атаки у травні 2023 року. Фото: Project HOPE Гуманитарный склад Project HOPE после российской ракетной атаки в мае 2023 года. Фото: Project HOPE

L’entrepôt humanitaire de Project HOPE après une frappe russe de missile en mai 2023. Photo : Project HOPE

Lors d’une attaque russe survenue dans la nuit du 31 juillet 2025, un entrepôt appartenant à l’organisation humanitaire lituanienne Blue/Yellow, qui vient en aide à l’Ukraine, a été entièrement détruit. Selon « Evropeiskaia Pravda », qui cite la chaîne publique lituanienne LRT, des bâtiments voisins ont également subi d’importants dégâts.

Наслідки російського удару по складу литовської організації Blue/Yellow у Києві, липень 2025 року. Фото: Blue/Yellow Последствия российского удара по складу литовской организации Blue/Yellow в Киеве, июль 2025 года. Фото: Blue/Yellow

Conséquences d’une frappe russe sur un entrepôt appartenant à l’organisation lituanienne Blue/Yellow à Kyiv, en juillet 2025. Photo : Blue/Yellow

Le 20 mai 2026, une frappe russe a détruit un entrepôt à Dnipro, loué par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Le HCR a indiqué que l’attaque avait coûté la vie à deux employés de l’entrepôt et détruit environ 900 palettes d’aide humanitaire et de matériaux destinés à la réparation des logements, pour une valeur totale de plus d’un million de dollars américains. Il s’agissait de couvertures, de tapis de sol, de kits d’hygiène et de matériaux destinés à la réparation d’urgence des habitations endommagées. L’aide était destinée aux personnes déplacées de force ainsi qu’aux habitants des régions situées sur la ligne de front. Le HCR a déclaré que cette frappe était la première attaque de ce type contre une installation de l’agence depuis le début de l’invasion à grande échelle. L’organisation a également fait état de risques croissants pour les travailleurs humanitaires : quelques jours auparavant seulement, deux convois humanitaires de l’ONU, clairement identifiés, avaient été attaqués par des drones dans les régions de Dnipropetrovsk et de Kherson.

Зруйнований склад, який орендувало УВКБ ООН у Дніпрі, після російського удару 20 травня 2026 року. Фото: УВКБ ООН / Філіп Лонкар Разрушенный склад, который арендовало УВКБ ООН в Днепре, после российского удара 20 мая 2026 года. Фото: УВКБ ООН / Филип Лонкар

Un entrepôt loué par le HCR de l’ONU à Dnipro, détruit à la suite d’une frappe russe le 20 mai 2026. Photo : HCR / Filip Loncar

Le 25 mai 2026, des infrastructures humanitaires de l’ONU ont de nouveau été touchées à Dnipro. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a signalé qu’un entrepôt utilisé pour des opérations humanitaires avait été touché par un missile balistique « Iskander ». Au moment de l’attaque, celui-ci abritait de l’aide alimentaire destinée aux personnes vivant à proximité de la ligne de front. Le PAM a estimé que ces stocks auraient permis de subvenir aux besoins de 130 000 personnes et qu’ils représentaient une valeur d’environ 1,4 million de dollars américains. Aucun membre du personnel du PAM n’a été blessé.

Склад Всесвітньої продовольчої програми ООН у Дніпрі після російського ракетного удару 25 травня 2026 року. Фото: Андрій Сибіга / X Склад Всемирной продовольственной программы ООН в Днепре после российского ракетного удара 25 мая 2026 года. Фото: Андрей Сибига / X

L’entrepôt du Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) à Dnipro après une frappe de missile russe le 25 mai 2026. Photo : Andrii Sybiha / X

Par ailleurs, précédemment, le GDHK avait déjà fait état d’attaques contre des sites d’aide humanitaire et des convois d’évacuation. Une étude menée par T4P a recensé 42 incidents de ce type au cours des premiers mois de l’invasion à grande échelle, parmi lesquels des tirs d’artillerie contre des points de distribution d’aide, des bus d’évacuation et des convois humanitaires.

Données du T4P

Entre le 24 février 2022 et le 7 juillet 2026, les équipes de documentation de l’initiative T4P ont recensé de nombreux cas de violations du droit international humanitaire, notamment des attaques contre des installations d’aide humanitaire et des convois d’évacuation, d’entraves à l’acheminement de l’aide humanitaire ainsi que d’obstacles à l’évacuation de civils depuis des zones présentant un danger pour leur vie et leur santé. Selon les données de T4P, tous ces actes ont vraisemblablement été commis par les forces armées russes.

Les faits documentés présentent les caractéristiques des crimes de guerre suivants :

  • attaque contre un entrepôt d’aide humanitaire, un convoi humanitaire, une mission humanitaire ou un couloir humanitaire en temps de conflit armé — article 8(2)(b)(iii) du Statut de Rome. L’initiative T4P a recensé 101 incidents de ce type ;
  • entrave aux missions humanitaires chargées d’acheminer de l’eau et des denrées alimentaires, et destruction de réserves de nourriture et d’eau potable — article 8(2)(b)(xxv) du Statut de Rome. L’initiative T4P a documenté 44 incidents de ce type.

Dimension internationale

Le droit international humanitaire prévoit la protection du personnel participant à des opérations humanitaires. Le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève stipule que ce personnel doit être respecté et protégé. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale qualifie également de crimes de guerre les attaques intentionnelles dirigées contre le personnel, les installations, le matériel, les unités ou les véhicules affectés à l’aide humanitaire, dès lors qu’ils bénéficient d’une protection en tant qu’objectifs civils.

Dans chaque cas particulier, l’enquête doit déterminer si l’installation était la cible visée par l’attaque ou si elle a été endommagée à la suite d’une frappe dirigée contre une autre cible, quel type d’arme a été utilisé, s’il y avait des installations militaires à proximité et si la partie attaquante a pris des mesures pour limiter les dommages causés aux civils. Mais le simple fait de la destruction d’un entrepôt contenant de l’aide humanitaire doit faire l’objet d’une documentation distincte : il ne s’agit pas simplement de dommages matériels, mais de la perte d’une aide destinée à des personnes qui subissent les conséquences de la guerre.

Il en va de même pour les organisations de volontaires. Leurs bureaux, entrepôts, véhicules et équipements sont fréquemment utilisés pour des évacuations et pour l’acheminement de médicaments, de matériel médical d’urgence, de denrées alimentaires et de matériaux de construction, ainsi que pour venir en aide aux victimes des bombardements. Lorsque ces installations sont endommagées ou détruites, cela affecte les personnes qui dépendent de cette aide.

En outre, le droit international humanitaire impose aux parties au conflit de faire la distinction entre les cibles militaires et les biens de caractère civil. Les attaques ne peuvent être dirigées que contre des cibles militaires ; les biens de caractère civil ne doivent pas faire l’objet d’attaques. Cette règle est consacrée par le droit international humanitaire coutumier ainsi que par le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève.

Les bâtiments résidentiels, les écoles, les hôpitaux, les entrepôts humanitaires ainsi que les installations d’approvisionnement en eau, en chauffage et en électricité demeurent des biens civils tant qu’ils ne sont pas utilisés d’une manière qui en fasse des cibles militaires. Le CICR souligne que les infrastructures civiles, notamment les logements, les établissements de santé, les écoles, les centrales électriques et les systèmes d’approvisionnement en eau, doivent être protégées des conséquences des hostilités.

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The publication is created in the framework of the project “Documenting and analysing international crimes committed by the Russia’s armed forces after 24.02.2022, helping victims of these crimes and informing on crimes”, funded by the European Union. Views and opinions expressed are those of the author(s) only and do not necessarily reflect those of the European Union. Neither the European Union nor the contracting authority can be held responsible for them.