Condamnation effroyable à 27 ans de prison pour un civil ukrainien enlevé à Melitopol, ville occupée par la Russie

L’État agresseur qualifie d’« actes de terrorisme » les attaques légitimes perpétrées en territoire occupé contre ses fonctionnaires illégitimes, y compris les collaborateurs, et organise des procès-spectacles dont l’issue est prédéterminée.
Halya Koïnach 13 Janvier 2026UA EN FR RU

Артем Малишев та російський суд. Колаж РІА Південь

Artem Malychev et le tribunal russe. Collage RIA « Sud »

Un tribunal russe a condamné Artem Malychev à 27 ans de prison, deux ans et demi après l’enlèvement de cet Ukrainien, alors âgé de 38 ans, près de son lieu de travail dans la ville occupée de Melitopol. Cette peine est particulièrement sévère, d’autant plus que les « enquêteurs » russes n’ont identifié aucune autre personne impliquée dans la prétendue « organisation terroriste » au sein de laquelle Malychev, n’aurait, selon eux, joué qu’un rôle secondaire.

Artem Malychev (né le 24 novembre 1984) a été enlevé le 22 juin 2023. Cinq minutes avant de se rendre au travail, il était parti à vélo à la pharmacie voisine et avait tout simplement disparu.

Sa famille et ses amis sont restés sans nouvelles de lui pendant un long moment. Ils ont signalé sa disparition, demandant à toute personne disposant d’informations de les contacter. Même lorsqu’il est apparu clairement qu’il avait été fait prisonnier, près d’un an s’est écoulé avant que les charges retenues contre lui ne soient précisées, bien que la Russie l’ait ajouté à sa tristement célèbre « liste des terroristes et extrémistes » quelques jours seulement après son enlèvement.

On ignore où il a été détenu pendant environ six mois avant d’être transféré dans une prison de Marioupol, ville occupée. Ces périodes de détention « au secret » (sans contact avec le monde extérieur) et sans statut officiel sont généralement utilisées pour extorquer de faux « aveux » sous la torture. La grande majorité de ces « poursuites judiciaires », y compris le cas de Malychev, s’apparentent davantage à des disparitions forcées qu’à des « arrestations ». Outre le fait qu’elle viole le droit international en appliquant la législation russe sur le territoire occupé et en déportant de force des citoyens ukrainiens vers le territoire russe, la Russie prive tout simplement les citoyens ukrainiens de tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à un procès équitable.

L’acte d’accusation a été officiellement transmis au tribunal militaire du district sud de Rostov le 19 novembre 2024, à la veille du 40e anniversaire de Malychev. Plusieurs audiences ayant eu lieu, il est fort probable qu’Artem ait nié tout ou partie des cinq chefs d’accusation retenus contre lui. Il était accusé de « planification d’un acte terroriste » (article 205, paragraphe 2, du Code pénal russe), de « participation à une organisation terroriste » (article 205.4, partie 2), de « participation à un entraînement en vue de commettre des activités terroristes » (article 205.3), ainsi que d’infractions liées à l’usage d’explosifs, (articles 222.1, partie 4, et 223.1, partie 3).

Il a été affirmé que pendant une période étrangement longue (« d’août à fin novembre 2022 »), Malychev aurait accepté la proposition d’un représentant des services de renseignement militaire ukrainiens « de rejoindre et de participer à une organisation terroriste nouvellement créée ».

Le rôle présumé de Malychev au sein de cette « organisation terroriste » aurait consisté à organiser la surveillance de cibles (qui auraient été sélectionnées par les « dirigeants et organisateurs » de l’organisation). Il aurait été également chargé du transport, de l’acheminement et du stockage d’engins explosifs et d’autres composants destinés à la fabrication d’un engin explosif artisanal, et aurait participé directement à ce que l’État agresseur qualifie d’« acte terroriste » en déclenchant l’engin. D’autres individus non identifiés auraient également été impliqués dans le transport, le stockage et la manipulation d’explosifs, et auraient déterminé que la cible serait un collaborateur nommé par les occupants russes « directeur de l’agence nationale des routes » (vraisemblablement Ivan Mironov).

Malychev serait arrivé dans une maison à Melitopol fin octobre-début novembre 2022, aurait récupéré des engins explosifs, les aurait emportés dans un autre endroit et aurait « commencé à les stocker ». En avril 2023, il aurait reçu des instructions vidéo sur la manière de déclencher l’engin, ce qui a probablement servi de base à l’accusation de « participation à un entraînement à des activités terroristes ».

Après avoir prétendument surveillé la voiture de Mironov du 20 mai au 13 juin 2023, Malychev aurait placé un engin explosif sous le véhicule le 13 juin 2023. Mironov l’aurait découvert et en aurait informé les forces d’occupation, qui l’auraient désamorcé. Il convient de souligner que les responsables de l’occupation nommés par la Russie sont parfaitement conscients de la haine qu’ils inspirent. Yevhen Balitski, collaborateur nommé « dirigeant » de la région occupée de Zaporijjia, s’était plaint en août 2023 qu’ils avaient tous avaient été contraints de suivre des cours de survie, pour s’initier notamment à une inspection minutieuse de leurs véhicules à la recherche d’engins explosifs. Ces personnes sont des cibles parfaitement légitimes, et les tentatives de l’État agresseur de qualifier de tels actes de « terrorisme » sont absurdes.

Il n’existe aucune preuve que Malychev ait été pris « en flagrant délit », ni aucune indication sur les raisons pour lesquelles il aurait été « identifié ». Les soupçons sont renforcés par des incohérences dans les dates : le compte rendu judiciaire indique que Malychev a été « arrêté » le 5 juillet 2023, soit deux semaines après sa disparition dans des circonstances qui laissent clairement penser à un enlèvement.

Le verdict a été rendu le 26 décembre 2023 par le « juge » Denis Vassilievitch Stepanov. Artem Malychev a été condamné à 27 ans d’emprisonnement en colonie pénitentiaire de haute sécurité, dont les cinq premières années à purger dans une prison présentant les conditions les plus dures de toutes les institutions pénitentiaires russes. Il a également été condamné à une amende colossale de 700 000 roubles.

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