Prêtres torturés et églises détruites

Ce n’est là qu’une partie des centaines de crimes commis par la Russie contre des églises pendant la guerre en Ukraine.
Mikola Komarovski, Yevhen Zakharov 05 Mars 2024UA DE EN ES FR RU

© Марія Крикуненко / Харківська правозахисна група © Мария Крикуненко / Харьковская правозащитная группа

© Maria Krikounenko / Groupe de défense des droits humains de Kharkiv

26 février 2022. Au troisième jour de l’invasion de l’Ukraine, les Russes contrôlent une partie des autoroutes au nord de Kiev. Sur l’une d’elles, près d’Ivankov, ils arrêtent une vieille voiture soviétique dans laquelle se trouve Maxim Anatoliovitch Kozatchina, prêtre de l’Église orthodoxe d’Ukraine et aumônier. Il a terminé son office et est en route pour rejoindre sa famille, qui ne le reverra jamais : le prêtre a été abattu et pendant trois jours, les Russes n’ont pas laissé ses proches l’enterrer.

Maxim Kozatchina est l’un des trois prêtres assassinés par l’armée russe au cours de sa guerre d’agression contre l’Ukraine. Il y en a peut-être eu plus.

En outre, la base de données sur les crimes de guerre du T4P a répertorié 356 cas de dommages causés à des lieux de culte ou d’autres actes illégaux commis à leur encontre.

[катування священників, знищення храмів, eng]

© Serhiy Prytkine

C’est également dans la région de Kyiv qu’a été commis le deuxième assassinat. Le 5 mars 2022, des militaires russes ont ouvert le feu sur un checkpoint à l’entrée de Iasnogorodka. Le père Rostislav Doudarenko, recteur de cathédrale de l’Église orthodoxe d’Ukraine, a été tué. Cette information a été rapportée par un commandant de la défense territoriale locale, dont le surnom est « Choustry » (« Agile », Ndt). Selon lui, l’ecclésiastique marchait en direction d’un véhicule blindé russe, les mains levées et portant une croix.

Максим Козачина. Світлина: Viktoriia Kramarenko / Facebook [священник піп]

Maxim Kozatchina. Photographie : Viktoriia Kramarenko / Facebook

Le 15 février 2024, on a appris que des envahisseurs avaient tué l’archiprêtre Stepan Podoltchak, recteur et bâtisseur de l’église de Tous les Saints de la terre ukrainienne à Kalantchak, dans la région de Kherson.

Comme l’a précisé le père Nicodème (Kouliguine), évêque de Kherson de l’Église orthodoxe d’Ukraine, le prêtre a été torturé à mort.

Dans quatre cas, des prêtres ont été tués dans des bombardements de l’Ukraine par différents types d’artillerie.

Le 30 mai 2022, la Laure de Sviatohirsk a été touchée par des bombardements, deux moines et une religieuse ont été tués, et trois moines ont été blessés.

Відспівування та похорон убієнних святогірців в Адамівці, джерело фото: Офіційний сайт Свято-Успенської Святогірської Лаври

Funérailles et enterrement des habitants assassinés de Sviatohirsk à Adamivtsa, source photo : Site officiel de la Sainte Dormition de la Laure de Sviatohirsk

Des dizaines de serviteurs du culte torturés

20 prêtres ont été enlevés et sont portés disparus. On sait que six autres prêtres ont été enlevés puis relâchés. Après avoir rejoint un territoire contrôlé par le gouvernement ukrainien ou après la désoccupation, tous ont déclaré avoir été torturés.

Le 17 mai 2022, dans la ville de Balaklia, des militaires russes ont enlevé Oleksandr Salfetnikov, pasteur de l’église baptiste « Lumière de l’Evangile ». Après sa libération, l’ecclésiastique a raconté qu’il avait été torturé, que ses tortionnaires avaient exigé de lui qu’il avoue être impliqué dans des activités de renseignement, et qu’il dévoyait la jeunesse.

Le 24 mars 2022, à midi, des soldats russes ont fait irruption dans le bâtiment d’un centre de réinsertion pour alcooliques et toxicomanes de l’église du Salut, dans le village de Motijine, dans la région de Kyiv. Soupçonnant le pasteur Oleh d’aider l’armée ukrainienne, ils l’ont ligoté, battu, puis emmené dans une ferme à proximité du village. Après cela, le pasteur a été jeté dans un puits pendant deux jours, puis dans une grange.

Ферма, де була розташована база росіян, джерело фото: Слідство Інфо

Ferme où se trouvait la base russe. Source : Sledstvie Info

Kostiantin Maksimov sert depuis 2021 dans l’église de l’Assomption de la Vierge Marie dans la ville de Tokmak, qui a été occupée dès le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Selon le témoignage de Svetlana Maksimova, la mère de l’otage civil, son fils a quitté la ville occupée de Tokmak dans la matinée du 16 mai 2023 avec une mission humanitaire bénévole devant traverser la Crimée. À 10h27, l’homme a informé des amis par téléphone qu’il était arrivé au checkpoint (probablement dans la ville de Tchonhar). Depuis, personne n’a eu aucune nouvelle de Maksimov. Selon certaines informations, le prêtre a été débarqué et détenu par l’armée russe ; il se trouverait dans un camp de filtration à Djankoï. Il n’existe à ce jour aucune information sur le lieu, les conditions et la raison d’une détention aussi longue de Kostiantin Maksimov, ni sur son état de santé.

Священник Костянтин Максимов, джерело фото: Центр громадянських свобод

Le prêtre Kostiantin Maksimov. Source : Centre pour les libertés civiles

Fin novembre 2022, les occupants russes ont arrêté deux prêtres de l’église gréco-catholique de Berdiansk, le père Ivan Levitski et le père Bohdan Heleta. Les prêtres ont été emmenés en Russie, et on ne sait pas exactement où ils se trouvent actuellement. Tous deux font l’objet d’une enquête sur des accusations criminelles russes liées à des explosifs, des armes et des munitions qui, selon la propagande russe, auraient été trouvés dans l’église de la Nativité de la Vierge Marie à Berdiansk, où tous deux officient. Ces déclarations ont également été diffusées via les médias d’occupation russes, de même que des affirmations selon lesquelles des livres « extrémistes » auraient été trouvés dans l’église. L’administration diocésaine de Donetsk a démenti toutes les allégations des forces d’occupation russes.

Отець Богдан Гелета (зліва) та отець Іван Левицький, джерело фото: сайт Української Греко-Католицької Церкви

Le père Bohdan Heleta (à gauche) et le père Ivan Levitski. Source : site de l’Église greco-catholique d’Ukraine

Déportation de prêtres

Dans la région de Zaporijjia, des militaires russes ont arrêté un prêtre de 74 ans de l’Église orthodoxe ukrainienne et l’ont expulsé de sa ville natale de Melitopol, car il avait refusé d’obtenir un passeport russe. La propagande russe l’a qualifié « d’opposant au référendum » et de personne cherchant « à justifier le terrorisme de Kyiv ».

Протоієрей УПЦ Святослав Пітерський, джерело фото: Первый Запорожский

Sviatoslav Piterski, archiprêtre de l’Église orthodoxe ukrainienne

En septembre 2023, dans la région occupée de Donetsk, les autorités russes ont arrêté deux prêtres de l’Église orthodoxe ukrainienne, le père Hrystofor Khrimli et le père Andryi Tchouï. Le tribunal les a condamnés à une amende pour « activité missionnaire » et a ordonné leur expulsion de Russie (après l’annexion illégale, les autorités russes considèrent Donetsk et les autres régions occupées de l’Ukraine comme des territoires russes). Les pères Hrystofor et Andryi sont détenus dans un centre de déportation près de Rostov-sur-le-Don.

Христофор Хрімлі та Андрій Чуй, джерело фото: Новини Донбасу

Hrystofor Khrimli et le père Andryi Tchouï. Source : Nouvelles du Donbass

La Russie détruit des églises orthodoxes en Ukraine

Parmi les 356 crimes enregistrés par le T4P concernant des lieux de culte, la majorité sont des destructions d’églises suite aux bombardements russes de villes et villages ukrainiens à l’aide de divers types d’armes. Dans 266 épisodes, nos enquêteurs ont enregistré des tirs d’artillerie à canon ou à l’aide de systèmes de lancement de roquettes multiples, dans 29 épisodes des frappes de missile et dans 20 épisodes, des frappes aériennes.

Dans la nuit du 23 juillet 2023, l’armée russe a bombardé Odessa avec 19 missiles de différents types : « Kalibr », « Kh-22 », « Onyx », « Iskander-K » et « Iskander-M ». Les forces de défense aérienne ukrainiennes ont repoussé une grande partie de ces attaques. Les missiles restants ont endommagé les infrastructures de la ville. Une frappe a presque entièrement détruit la cathédrale de la Transfiguration (Spaso-Preobrajenski) de l’Église orthodoxe ukrainienne, qui est un monument historique d’importance locale.

Спасо-Преображенський кафедральний собор УПЦ, джерело фото: Одеська обласна прокуратура

Cathédrale Spaso-Preobrajenski de l’Église orthodoxe ukrainienne, Source photo:Parquet régional d’Odessa

Au moins trois épisodes ont concerné des églises délibérément endommagées/détruites par des tirs de canons de chars et d’autres véhicules blindés. Contrairement aux tirs d’artillerie, où la difficulté consiste à prouver l’intention d’endommager un bâtiment particulier, dans ce cas il n’y a pas de doute quant à l’intention particulière d’un militaire donné.

Comme l’a rapporté le Département synodal d’information et d’éducation de l’Église orthodoxe ukrainienne, l’église de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie a été endommagée lors d’un bombardement à Iasnogorodka le 5 mars 2022.

Le 25 mars 2022, un monument de l’architecture ukrainienne en bois de la seconde moitié du XIXe siècle, l’ancienne église de l’Ascension du diocèse de Boryspil de l’Église orthodoxe ukrainienne, située dans le village de Loukianivka (région de Kyiv), a été détruite.

Храм Вознесіння Господнього Бориспільської єпархії Української Православної Церкви, джерело фото телеграм-канал Киевский Движ

Église de l’Ascension du diocèse de Boryspil de l’Église orthodoxe ukrainienne, Source : photo de la chaîne Telegram Kyivski Dvij

Dans le village de Kisselivka , dans la région de Kherson, les Russes ont utilisé des chars pour détruire une église et un cimetière situé à proximité.

Храм Непорочного Зачаття Пресвятої Діви Марії у Киселівці, джерело фото: CREDO

Église de l’Immaculée conception de la Bienheureuse Vierge Marie à Kisselivka, Source photo : CREDO

Persécution fondée sur la religion

La majorité des lieux de culte endommagés ou détruits sont des églises orthodoxes. Cela contraste avec les déclarations des autorités russes selon lesquelles elles prétendent « protéger » la foi orthodoxe.

Les enquêteurs de l’initiative T4P ont également enregistré neuf crimes contre des Témoins de Jéhovah. Outre les destructions, d’autres actes illégaux ont été enregistrées dans trois épisodes.

Le 14 décembre 2022, dans la ville de Berdiansk temporairement occupée, la « nationalisation » des locaux de la salle du Royaume des Témoins de Jéhovah a été annoncée.

On sait également que dans les territoires occupés, les Russes ont effectué à plusieurs reprises des perquisitions et des descentes dans des locaux des Témoins de Jéhovah. En février 2023, la police d’occupation de la région de Kherson a perquisitionné la Salle du Royaume des Témoins de Jéhovah à Skadovsk. Des publications religieuses ont été saisies.

Le 15 janvier 2024, des sources russes ont appris que des perquisitions avaient été menées dans deux Salles du Royaume des Témoins de Jéhovah à Marioupol. Une courte vidéo publiée sur des ressources russes montre des hommes armés masqués transportant des documents dans un camion militaire blindé vert portant un signe « V ».

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Rappelons qu’en fédération de Russie, en avril 2017, une décision de la Cour suprême a reconnu les Témoins de Jéhovah comme organisation extrémiste, et leurs activités ont été totalement interdites. Comme le montrent les exemples ci-dessus, la Russie a étendu la politique d’interdiction aux territoires qu’elle occupe. Cette pratique était déjà devenue systématique en Crimée occupée.

Des actions illégales ont été répertoriées contre l’Église des frères mennonites de la région de Zaporijjia. En août 2022, dans la ville de Molotchansk occupée, les Russes ont demandé de libérer les locaux appartenant à cette église. C’est ce qu’a déclaré à l’époque le pasteur de la communauté, Oleksyi Makaïov.

Будинок молитви менонітів у Молочанську, джерело фото: Релігійно-інформаційна служба України

Maison de prière mennonite à Molotchansk, Source photo : Service d’information religieuse d’Ukraine

Les Russes se sont emparés de l’église de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie dans la ville occupée de Berdiansk. Pour justifier la saisie du bâtiment, les Russes ont prétendu que des militaires et des partisans ukrainiens s’y cachaient.

Comme on peut le constater, ces actions des Russes sont délibérément dirigées contre des institutions religieuses qui n’appartiennent pas à l’Église orthodoxe, ce qui pourrait bien indiquer qu’il s’agit d’une politique hostile à l’égard des autres confessions. Dans le cas des Témoins de Jéhovah, ils ont tout simplement été mis hors la loi dans les territoires ukrainiens occupés.

Bombardements de mosquées et de synagogues

Suite au bombardement de Kharkiv par des systèmes de lance-roquettes multiples en juillet 2022, une mosquée du quartier Kyivski a été endommagé.

Мечеть у Київському районі міста Харківа, джерело фото: Харківська правозахисна група

La mosquée du quartier Kyivski à Kharkiv, Source : Groupe de défense des droits humains de Kharkiv

Lors des combats à Marioupol, les forces armées russes ont bombardé la mosquée de Soliman le Magnifique et de son épouse Roksolana, où, selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères, près de 90 personnes s’étaient réfugiées. Le 11 mars 2022, le conseiller du maire de Marioupol Petro Andrioushchenko a rapporté sur Facebook que 86 citoyens turcs, dont 34 enfants, s’étaient réfugiés alors dans la mosquée pour échapper aux bombardements.

En janvier 2023, une synagogue de la ville de Houliaïpole, construite en 1909 et classée monument architectural, a été endommagée.

Синагога у місті Гуляйполе, джерело фото фкйсбук-сторінка Гуляйпільські старожитності

Synagogue à Houliaïpole. Source photo : Antiquités de Houliaïpole / Facebook

Notre base de données contient six épisodes concernant des synagogues. Au moins quatre églises catholiques et une église protestante ont également été endommagées.

[катування священників, знищення храмів, eng]

© Serhiy Prytkine

Destruction du patrimoine culturel

Sur l’ensemble des épisodes, quatre d’entre eux concernent des dommages causés à des bâtiments classés monuments architecturaux d’importance nationale.

Le 27 mars 2022, un bombardement de la ville d’Izioum a endommagé le toit et une coupole de l’église de la Sainte-Croix (Saint-Nicolas), qui avait été construite entre 1809 et 1823. Les bombardements ont également endommagé les façades et les fenêtres du bâtiment administratif du diocèse d’Izioum situé à côté.

Хрестовоздвиженська (Миколаївська) церква, джерело фото: сайт Ізюмської єпархії

Église de la Sainte-Croix (Saint-Nicolas), Source photo : site du diocèse d’Izioum

À Izioum, les bombardements ont également endommagé le toit, les fenêtres, la façade et le vestibule de la cathédrale de la Sainte-Ascension, dont la construction avait commencé en 1826 et avait été achevée en 1902-1903.

Свято-Вознесенський кафедральний собор в Ізюмі, джерело фото: Українська Православна Церква

Cathédrale de la Sainte-Ascension à Izioum, Source : Église orthodoxe d’Ukraine

En mars 2022, les bombardements sur Kharkiv ont endommagé la cathédrale de la Sainte-Dormition, datant de 1778. Heureusement, aucune des personnes qui s’étaient réfugiées dans la cathédrale pour se protéger des bombardements n’a été blessée. Des fenêtres et des vitraux de la cathédrale ont été brisés et des objets liturgiques ont été endommagés.

Свято-Успенський собор, місто Харків, джерело фото: телеграм-канал Держспецзв’язку

Cathédrale de la Sainte-Dormition, Kharkiv, Source photo : chaîne Telegram Service de communications spéciales de l’État

Un incident similaire s’est produit dans l’église Saint-Jean-l’Évangéliste de Kharkiv.

Le 19 août 2023, la Russie a bombardé le centre historique de Tchernihiv. Un missile a endommagé l’église Pianitska, un monument architectural d’importance nationale, qui est sous la responsabilité de la réserve nationale architecturale et historique « Ancien Tchernihiv ».

П’ятницька церква, місто Чернигів, джерело фото: Чернігів стародавній

L’église Piatnitska, à Tchernihiv, Source photo : Ancien Tchernihiv

Des attaques contre des monuments commémoratifs et des cimetières ont été enregistrées à plusieurs reprises.

En mars 2022, le mémorial de Drobytsky Yar, situé en périphérie de Kharkiv, a été bombardé. Drobytsky Yar est un site où s’est déroulé le massacre des Juifs de Kharkiv par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon les archives d’État de la région de Kharkiv, environ 16 à 20 000 personnes avaient été abattues à cet endroit.

Меморіал “Дробицький Яр” після обстрілу. © Денис Волоха / Харківська правозахисна група

Le mémorial « Drobytsky Yar » après le bombardement. © Denys Voloha / Groupe de défense des droits humains de Kharkiv

Suite aux bombardements du village de Simianivka dans la région de Soumy, des stèles commémoratives de la tombe de soldats soviétiques et un monument aux morts de la Seconde Guerre mondiale ont été endommagés. Il s’agit d’un monument historique d’importance locale.

Vols dans les églises

Il y a eu plusieurs cas de pillages d’églises par les Russes. Dans certains cas, ils se sont limités à des articles ménagers ordinaires, mais il est arrivé qu’ils emportent des icônes et d’autres objets sacrés de valeur.

À Korioukivka, dans la région de Tchernihiv, les occupants russes ont pillé une église locale. Comme le note Oleksandr Kochovyi, diacre de l’église de la communauté « Tabernacle », les occupants sont entrés dans l’église pendant la nuit. Ils ont cassé une vitre, pillé l’église et emporté de la nourriture. « Ils ont même fouillé dans la poubelle ».

Церква у Корюківці на Чернігівщині, джерело фото: фейсбук-сторінка Регіонального управління Сил ТрО “Північ” Збройних Сил України

L’église de Korioukivka, dans la région de Tchernihiv, Source : page Facebook de la direction régionale des Forces de défense territoriale « Sever » de l’armée ukrainienne

Au séminaire du Sacré-Cœur de Jésus de Vorzel, les Russes ont volé des climatiseurs, des machines à laver, des ordinateurs, des routeurs, du matériel de cuisine et même les vieilles baskets du père recteur, avec lesquelles il aimait courir. Des objets liturgiques ont également été volés au séminaire, notamment un ostensoir et un calice commémoratif d’une Sainte Messe célébrée par le pape Jean-Paul II en 2001.

En novembre 2022, les troupes d’occupation ont saisi des icônes d’une cathédrale de l’Église orthodoxe d’Ukraine à Enerhodar. Les Russes ont déclaré avoir empêché une « tentative illégale » d’exportation de sept icônes orthodoxes. Les objets de valeur de l’église appartenant à la communauté religieuse ont été remis par les forces d’occupation au musée d’histoire locale de Melitopol. Il s’agit d’icônes datant de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

Старовинна ікона, джерело фото: Центр національного спротиву

Icône ancienne, Source photo : Centre de résistance nationale

Utilisation d’églises pour des besoins militaires

L’armée russe a utilisé les locaux de l’église de l’Ascension (datant de 1913) dans le village de Loukachivka (région de Tchernihiv), comme quartier général et entrepôt militaire. Selon le fondateur et directeur de l’association « Ukraine Incognita », Roman Malenkov, une salle de torture a également été aménagée sur le territoire de l’église.

Джерело фото: фейсбук-сторінка Релігійно-інформаційної служби України

Source photo : page Facebook du service d’information religieuse d’Ukraine

Джерело фото: фейсбук-сторінка Релігійно-інформаційної служби України

Source photo : page Facebook du service d’information religieuse d’Ukraine

Selon l’état-major général des forces armées ukrainiennes, l’armée russe a installé une base dotée d’équipements militaires sur le territoire de la cathédrale Alexandre Nevski à Melitopol.

Après avoir occupé le village de Peremoga dans le district de Brovarski (région de Kyiv), l’armée russe a positionné des véhicules blindés autour de l’église de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie. Le prêtre, qui avait demandé à déménager avec ses enfants dans un endroit plus sûr, a vu sa requête refusée. Le 5 mars 2022, l’église a été bombardée.

Qualifikation juridique

Une disposition spéciale du Statut de Rome concerne la destruction d’institutions religieuses ou les dommages qui leur sont causés. Elle prévoit la responsabilité pour « le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, à l’enseignement, à l’art, à la science ou à l’action caritative, des monuments historiques, des hôpitaux et des lieux où des malades et blessés sont rassemblés, à condition qu’ils ne soient pas des objectifs militaires » (art 8.b.ix du Statut de Rome)

Cependant, il faut comprendre que pour pouvoir traduire une personne en justice en vertu de cet article, il est nécessaire que l’attaque ait été délibérément dirigée contre un lieu de culte, et ne soit pas un acte où l’auteur était indifférent aux conséquences de ses actes. Sinon, il s’agirait d’une qualification au titre d’un autre article, plus général.

En ce qui concerne les crimes commis contre des serviteurs du culte, les qualifications sont variables. Par exemple, l’enlèvement massif de prêtres peut être considéré comme faisant partie d’une politique de crimes contre l’humanité, se manifestant par des disparitions forcées de population. Comme nous l’avons vu dans les cas cités ici, ces prêtres sont pour la plupart détenus sans aucune base légale et au secret. Le Groupe de défense des droits humains de Kharkiv prépare une communication pour la Cour pénale internationale sur cette question.

Rédacteur en chef : Denys Voloha, rédactrice : Emilia Prytkina, infographie : Serhiy Prytkine, couverture : Maria Krikounenko

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