Combien y a-t-il de prisonniers ukrainiens dans des lieux de détention ennemis et où se trouvent-ils ?

Article sur le nombre de prisonniers libérés en 2025 et l’estimation du nombre de personnes restant en détention.
Yevhen Zakharov24 Novembre 2025UA DE EN ES FR IT RU

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Le 2 octobre 2024, les 74 membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) ont adopté à l’unanimité une résolution intitulée « Personnes disparues, prisonniers de guerre et personnes civiles en captivité en raison de la guerre d’agression de la fédération de Russie contre l’Ukraine ». « Les chiffres parlent d’eux-mêmes », indique le document.

« L’Assemblée est consternée par le fait que, au 18 septembre 2024, 65 956 militaires et civils au total étaient enregistrés comme disparus ou capturés, parmi lesquels 50 916 étaient enregistrés comme disparus sur la base de données vérifiées. Alors que 3672 personnes, que la fédération de Russie maintenait en captivité, ont été libérées entre le 24 février 2022 et le 17 septembre 2024, dont 168 civils ukrainiens, l’Assemblée note avec préoccupation que, parmi les personnes libérées, un tiers était jusqu’à présent considérées comme disparues, puisque la fédération de Russie n’avait pas fourni en temps utile des informations sur leur sort, contrairement à ses obligations internationales ». L’APCE a condamné les conditions de détention épouvantables des prisonniers, ainsi que le refus de la Russie de dialoguer avec les instances internationales et les familles des Ukrainiens détenus dans les prisons russes. Par ailleurs, la résolution soutenait le principe d’un échange de tous les prisonniers.

Entre le début de la guerre à grande échelle et la fin de l’année 2024, 3956 prisonniers, dont 170 civils, ont été libérés au cours de 60 échanges.

Le 28 janvier 2025 a été lancée la campagne internationale « People First !». Elle a été initiée par des lauréats du prix Nobel de la paix 2022, des organisations de défense des droits humains Memorial, du Centre pour les libertés civiles, du Groupe de défense des droits humains de Kharkiv et d’autres, qui se sont unis autour d’une idée simple : l’une des priorités de tout accord négocié pour la paix doit être la libération de tous les prisonniers privés de liberté dans le cadre de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.

Plus d’informations sur la campagne sont disponibles ici. En dix mois, elle a pris de l’ampleur et rassemble désormais 73 organisations européennes de défense des droits humains et des défenseurs individuels des droits humains. Ils rencontrent les ministres des Affaires étrangères et les parlements des États membres de l’UE, les membres de l’APCE et du Parlement européen, et communiquent activement avec les pays impliqués dans la libération des prisonniers, tels que les États-Unis, la Turquie et d’autres.

Voici un extrait d’un appel adressé au président américain Donald Trump :

« Tous les civils détenus illégalement doivent être immédiatement libérés. Parmi les civils ukrainiens et les prisonniers de guerre, les groupes les plus vulnérables, dont la libération ne peut être reportée, sont :

  • les femmes exposées à des risques de violences sexuelles ;
  • les personnes handicapées ou atteintes de maladies graves, ou celles ayant subi des blessures graves, y compris à la suite de tortures ;
  • les prisonniers âgés ayant des problèmes de santé ;
  • les civils emprisonnés pour des raisons politiques plusieurs années avant l’invasion à grande échelle ».

Au cours des cinq premiers échanges, qui ont eu lieu les 15 janvier, 5 février, 19 mars, 19 avril et 5 mai 2025, 854 prisonniers ont été libérés, dont un civil. Cependant, 53 des personnes libérées ne faisaient pas l’objet d’un échange ; elles avaient été ajoutées aux prisonniers échangés en raison de leur état de santé précaire (gravement malades ou blessées).

Lorsque, en mai dernier, les négociations de paix menées sous l’égide de la Turquie ont échoué dès le premier jour, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré : « Bon, nous n’avons pas réussi à conclure un accord de paix, mais procédons tout de même à un échange ! » Et un échange de 1000 prisonniers contre 1000 a été immédiatement convenu. Cet échange s’est déroulé en trois phases, du 22 au 25 mai, et ça a été le seul échange de toute la guerre où les parties n’ont pas négocié les listes, mais où chacune a simplement libéré un millier de prisonniers. 879 prisonniers de guerre et 121 civils sont rentrés en Ukraine. Par la suite, conformément aux accords d’Istanbul, huit phases d’échange ont eu lieu entre le 9 juin et le 4 juillet, au cours desquelles environ un millier de prisonniers, tous gravement malades ou blessés, ont été libérés. Les échanges dans le cadre des accords d’Istanbul ont été interrompus, mais sans être terminés, le nombre convenu de prisonniers n’ayant pas été libéré.

Les trois échanges suivants ont eu lieu les 14 et 24 août et le 2 octobre 2025, avec la libération de 436 prisonniers, dont 357 militaires et 79 prisonniers politiques civils condamnés dans la région de Donetsk pendant la première période de la guerre, de 2014 à 2021.

Ainsi, les revendications de la campagne « People First !» concernant la libération des personnes gravement malades, des blessés graves et des prisonniers politiques incarcérés entre 2014 et 2021 commencent à être satisfaites, contrairement à celles concernant la libération des femmes et des personnes âgées (60 ans et plus). Ainsi, seules six femmes ont été libérées en 2025. Par conséquent, c’est sur la libération des femmes et des personnes âgées que la campagne doit désormais concentrer ses efforts.

Depuis le début du conflit armé et jusqu’au 1er novembre 2025, 69 échanges de prisonniers ont eu lieu, entraînant la libération de 6235 personnes, dont 5976 hommes (5648 militaires et 323 civils) et 259 femmes (210 militaires et 49 civiles). Ce chiffre n’inclut pas les quelque 2000 prisonniers libérés dans le cadre des accords d’Istanbul. Par ailleurs, 12 744 dépouilles ont été rapatriées en Ukraine.

Il convient de noter que plus de la moitié du nombre total de prisonniers libérés pendant toute la durée de la guerre l’ont été au cours des dix premiers mois de 2025.

Malgré les résultats encourageants de libération de prisonniers obtenus en 2025, la question du nombre de prisonniers ukrainiens actuellement détenus en Russie et dans les territoires ukrainiens temporairement occupés demeure sans réponse. Selon des données publiées le 1er mai par Arthur Dobroserdov, représentant du ministère ukrainien de l’Intérieur chargé des personnes disparues dans des circonstances particulières, plus de 70 000 personnes sont recherchées dans notre pays. On ignore combien d’entre elles sont des militaires et combien sont des civils, ces chiffres n’ayant pas été rendus publics. On ignore également combien de personnes tuées, dont les corps n’ont pas été retrouvés ou rapatriés, sont inscrites au registre des personnes disparues. Il apparaît néanmoins que nous ignorons le sort de plusieurs dizaines de milliers d’Ukrainiens incarcérés.

Cette affirmation repose sur les considérations suivantes : au début de l’année, on comptait environ 10 000 prisonniers de guerre ; il en resterait donc environ 8000 après les échanges de prisonniers de 2025. En nous basant sur les informations relatives aux lieux de détention par lesquels sont passés les prisonniers libérés, nous avons analysé les lieux de détention en Russie et dans les territoires ukrainiens occupés dans lesquels sont détenus des Ukrainiens. Il s’avère que ces lieux de détention sont au nombre de 280 : 196 en Russie et 84 dans les territoires ukrainiens occupés. Chacun de ces établissements détient des centaines, des dizaines ou quelques prisonniers ukrainiens. Si l’on combine les informations recueillies sur la présence des prisonniers dans ces établissements, il apparaît que le sort d’un nombre important de prisonniers demeure inconnu.

Si cette dernière affirmation est avérée, on peut en conclure que la Russie dissimule des données sur le nombre de prisonniers ukrainiens, ne fournit pas ces informations au Comité international de la Croix-Rouge, ou ne les communique que de manière très partielle. Par conséquent, la demande formulée par la campagne « People First ! », dès le début de l’année 2025, selon laquelle la Russie doit immédiatement donner aux agences des Nations Unies et au CICR un accès complet à tous les prisonniers, reste plus que jamais d’actualité.

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